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Projet d'aménagement au carnet

La position de la LPO Loire-Atlantique, commune à Bretagne Vivante et FNE Pays de la Loire.

Le projet d’aménagement du Grand Port Maritime envisagé au Carnet fait, depuis quelques mois, couler beaucoup d’encre et beaucoup parler. Mais si nous entendons et lisons beaucoup de choses sur ce sujet, beaucoup s’apparentent à des « fakes news » voir, en bon français, à de la diffamation. Aussi, nous revenons vers vous pour vous redire l’historique du projet, la situation actuelle et notre positionnement.

Un peu d’histoire

Nos discussions avec le Grand Port Maritime ne sont pas nouvelles, nous ne découvrons pas le sujet et nous pouvons donc en parler en connaissance de cause, ce qui est toujours préférable.

Dans les années 1970, le Carnet était une île de Loire séparée des berges par le canal du Migron. Des remblais illégaux à base de sables de dragages entre les années 1970 et 1993 ont modifié le paysage estuarien en supprimant la quasi-totalité du bras du Migron. Ces remblais ont depuis été légalisés par l’Etat.

Une opposition historique quelque peu « solitaire »

Sur le site tel qu’il est aujourd’hui et sur le projet d’aménagement, les discussions ont commencé il y a 10 ans. En premier lieu, il y a eu un port à sec à l'ouest à Paimboeuf, que nous avons attaqué en justice sans succès, puis une éolienne expérimentale « offshore » a été installée par Alstom, attaquée aussi sans succès. Seules nos associations Bretagne Vivante, LPO Loire-Atlantique et SOS Loire-Vivante, se sont mobilisées à l’époque contre ces projets du port, aucun soutien n’est venu d’aucune part. Quid de nos détracteurs actuels ? Pourquoi ne nous ont-ils rejoints à l’époque ?

Nous étions bien seuls à défendre le carnet en contestant devant le tribunal administratif à deux reprises des projets inclus dans le plan d'aménagement des 110ha, qui ne nous convenaient pas pour des raisons d'impact environnemental : le port à sec et l'éolienne d'Alstom. Ces contestations se sont soldées par des échecs au tribunal.

Quel est ce projet d’aménagement ?

Ce projet d’aménagement vise à implanter sur une partie du site un pôle industriel de recherche et d’expérimentation sur les énergies renouvelables. Le Grand Port aménagerait la zone qui serait investie par des entreprises de cette filière avec leurs propres installations, qui nécessitent la proximité de la Loire.

Quelle est notre position ?

Dès l’origine, nous avons fait connaître au Grand Port et aux services de l’État nos fortes réticences quant à ce projet, dont l’instruction se poursuit néanmoins, moyennant un redimensionnement à 110 hectares contre les 160 hectares initialement envisagés sur les 395 hectares totaux du site. Ces 100 hectares ne sont pas en zone Natura 2000 et ne présentent aucune activité agricole.

Sans soutenir le projet, nous acceptons de discuter avec le Grand Port des modalités d’une implantation la moins pénalisante d’un point de vue environnemental.

Pourquoi dialoguer avec le port plutôt qu’un refus catégorique ?

Tout d'abord, comme déjà écrit plus haut, après plusieurs recours perdus devant la justice pour tenter d'empêcher l'aménagement du site, il nous apparaît qu'il sera très difficile, voir vain, de s'opposer à la réalisation de ce projet en se plaçant sur un plan légal.

Ensuite, le risque de la poursuite des aménagements au coup par coup du site, qui ont prévalu jusqu'à présent, est celui de l'absence totale de prise en compte de ses enjeux écologiques et ces cumulés importants qui aboutiraient à totalement faire perdre ses fonctionnalités au site. Bien qu'impactant d'un point de vue environnemental, un projet d'aménagement global est préférable à une multiplication de projets ponctuels en ce qu'il permet d'envisager la préservation durable d'une partie importante du site et la mise en place de mesures de gestion cohérentes d'un point de vue environnemental.

Enfin, bien qu’ayant retrouvé une biodiversité très riche et intéressante malgré les remblaiements dont il a fait l’objet jusqu’en 1993, la trajectoire écologique du site est néanmoins inquiétante. La fermeture des milieux par les ronciers et végétaux rudéraux, la progression des espèces invasives avérées comme le Baccharis, l’Herbe de la pampa ou encore la Grenouille rieuse, aboutissent à une régression des habitats et des espèces, à l’image des Crapauds calamites et des Pélodytes ponctués. La gestion de la zone est actuellement pour une partie effectuée par les chasseurs et les agriculteurs, sans orientation écologique ambitieuse, et pour une autre partie sans gestion ce qui contribue à cette évolution qui ne saurait perdurer.

Avons-nous des engagements avec le port ?

Le seul engagement que nous ayons est celui d’accompagner le port tant que le projet nous semble acceptable. Nous siégeons au Conseil de Développement pour lequel nous avons été désignés par le préfet*. Mais nous pouvons à tout moment nous retirer car nous sommes libres de tout engagement. Aucune convention ou autre lien financier avec le port qui nous contraindrait à « tenir une ligne ».

Au port comme ailleurs, lorsque nous siégeons, ce sont des bénévoles qui représentent l’association. Ils le font car ils sont convaincus, et nous le sommes tous, qu’il faut être présent pour que la voix de l’association soit entendue. Cela, même si nous sommes trop souvent minoritaires dans les différentes instances où nous siégeons.

Nous en profitons pour vous solliciter : si certains d’entre vous veulent s’engager au-delà de l’adhésion, la participation à ces différentes instances est une manière comme une autre de la faire, afin d’aller porter notre discours et nos ambitions pour la biodiversité auprès des aménageurs et des décideurs. Actuellement nos représentants sont sur-sollicités et un renfort salutaire serait le bienvenu afin de répartir les forces.

Et maintenant ?

Actuellement, les seuls travaux démarrés sont ceux du chantier de lutte contre le Baccharis qui prend une place importante sur le site et qui se développe notamment au dépend de la roselière.

L’aménagement des 110Ha est prévu par « tranches » et à chaque fois, nous serons là pour juger de l’impact et peser sur la solution la moins pénalisante pour le site. Si nous ne sommes pas satisfaits des orientations prises, nous aurons toute latitude et toute notre liberté pour aller en justice.

* La LPO44 possède l’agrément au titre de la protection de l’environnement. Grâce à cet agrément, la LPO44 détient une habilitation pour prendre part au débat sur l’environnement, dans le cadre d’instances consultatives départementales, ayant pour vocation à examiner les politiques d’environnement et de développement durable visées par l’article L 141-3 du code de l’environnement.

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